Comment définit-on l’élégie dans le dictionnaire ? « Petit poème lyrique abordant généralement un sujet tendre, mélancolique ou triste ». Nous pouvons toujours garder comme alternative la seule option de la tendresse pour éviter de tomber dans tout le reste du lot de la souffrance et de ses complaintes.

Jean Renaud, Chroniqueur

C’est ce que je me dis parfois en prenant plaisir à déchiffrer des œuvres musicales pour guitare classique. Jouer de la musique sans texte nous donne au moins cette possibilité de rester dans l’anonymat sauf si le titre est sans équivoque comme Melancholy Gaillard une pièce musicale datant de la Renaissance, alors qu’une chanson, un poème ou une œuvre littéraire ne laisse pas le choix. « Le désespoir est une forme supérieure de la critique. La lucidité se tient dans mon froc » disait Léo Ferré dans l’une de ses chansons ; des mots qui ne laissent pas le choix effectivement. D’autres exemples de créations artistiques faisant l’apologie de la tristesse, de la mélancolie et de la souffrance font légion dans toute l’histoire de notre humanité. Il n’y a qu’à penser plus particulièrement à Madame Butterfly qui se donne la mort, dans cette grande tradition des créateurs musicaux à l’opéra, amoureux de la tragédie. Plus récemment ; à l’émission La voix, les coachs se demandaient s’il fallait se permettre de couper des couplets de la chanson de Brel Ne me quitte pas. Eric Lapointe, qui se dit complice des écorchés de la vie, amoureux eux aussi des chansons larmoyantes et pleines d’émotions prenant aux tripes, parlait peut-être de sacrilège dans l’éventualité de couper le passage « laisse-moi devenir l’ombre de ton chien. »  Maitraya Raël a souvent mis en garde tous ceux qui consomment de l’art sans restriction où l’on perçoit insidieusement la beauté dans la mélancolie et la tristesse des créations artistiques qui tiennent souvent, il faut bien l’admettre, du génie. Mais le génie n’est pas obligatoirement synonyme de l’art d’être heureux et du développement de la conscience. Lors d’une émission de La Grande Librairie diffusée sur TV5, François Busnel recevait Boris Cyrulnik qui parlait de résilience dans le cas de plusieurs grands écrivains. Jean Genet rêvait de liberté en prison et exorcisait sa souffrance par l’écriture. Stendhal et Maupassant ont souffert de l’absence d’un père. Le grand poète québécois Nelligan qui passa la majorité de sa vie à l’asile psychiatrique nous entraînait dans un lyrisme séduisant : « Ah! comme la neige a neigé ! Qu’est-ce que le spasme de vivre. À la douleur que j’ai, que j’ai ! ». « Tu me tueras si tu t’en vas » nous dit Dan Bigras dans sa chanson Tue-moi. Piaf qui s’évanouit sur scène en chantant « peu m’importe, si tu m’aimes, je me fous du monde entier ».

Les exemples foisonnent de toute part. Loin de moi l’idée de nier les bienfaits de la résilience dans la création artistique qui permet justement d’exorciser sa souffrance, mais ce n’est certainement pas de cette façon que l’art va permettre à ceux qui la consomment de jouir de la vie et d’être plus heureux.

« Depuis des millénaires, les hommes se transmettent ainsi de génération en génération un mode de conditionnement qui s’est au fil du temps surchargé de superstitions, d’angoisses »  (Raël, La méditation sensuelle, page 62)

D’angoisses!! On ne peut être plus clair. Ce mode de conditionnement est fort attribuable aux artistes qui ont parcouru notre monde à travers les siècles. La plupart du temps, la conception de l’art passait par le biais de la souffrance et de la misère, pauvres primitifs que nous sommes. Heureusement, grâce aux messages donnés par nos créateurs, nous pouvons entrevoir la beauté de l’art dépouillé de ses angoisses et de ses peurs.

Jean Renaud
Chroniqueur pour l’Église Raëlienne