Envoyé à plusieurs personnes ayant suggéré que le Canada participe à la négociation pour une interdiction des armes nucléaires.

Cher « Citoyen Canadien » :

Je vous remercie de votre courriel dans lequel vous encouragez le Canada à appuyer un instrument juridiquement contraignant pour interdire les armes nucléaires.

Je tiens tout d’abord à vous assurer que la promotion d’un désarmement nucléaire concret et substantiel demeure une priorité du gouvernement du Canada. Nous sommes tout à fait conscients des conséquences graves d’une explosion nucléaire, et ce même accidentelle. Ces terribles conséquences sont indéniables. Ainsi, le Canada reste pleinement déterminé à appuyer des initiatives pragmatiques ayant pour objectif d’éliminer les armes nucléaires.

À cet égard, le gouvernement du Canada est heureux que l’Assemblée générale ait adopté une résolution présentée à l’initiative du Canada, le 23 décembre 2016. Adoptée avec l’appui de 159 états membres de l’ONU, cette résolution nous mène vers un traité sur l’interdiction de la production de matières fissiles (TIPMF) qui permettrait de mettre un terme à la production de matériaux fournissant des armes nucléaires et leur pouvoir destructeur. Généralement perçu comme la prochaine étape logique vers un désarmement nucléaire, le TIPMF fait partie intégrante de l’approche pragmatique et progressive préconisée par le Canada. Outre son leadership en matière de TIPMF, le Canada participe à des initiatives multilatérales afin de développer et renforcir les mesures pour traiter des enjeux techniques en matière de vérification du désarmement nucléaire et pour mettre de l’avant l’implantation du plan d’action du traité sur la non-prolifération des armes nucléaires de 2010.

Le gouvernement du Canada a attentivement suivi les discussions qui ont mené aux négociations actuelles sur un traité d’interdiction d’armes nucléaires. Alors que le Canada est pour l’adoption d’une convention sur les armes nucléaires ou d’une interdiction de celles‑ci qui mènerait à un désarmement nucléaire définitif, le Canada craint que l’initiative actuelle ne soit prématurée et qu’elle ne prenne pas en compte les préoccupations des États qui sont d’avis que de telles négociations ne sont pas envisageables dans le contexte de sécurité mondial actuel. En fait, aucun allié de l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (sauf le Royaume des Pays-Bas, qui participe sous mandat parlementaire) ni aucun État doté d’armes nucléaires ne participe à ces négociations.

Par conséquent, ces négociations seront sans doute inefficaces et résulteront en une interdiction déclaratoire qui ne contient aucune mesure d’élimination d’armes nucléaires ni de moyen de garantir que les futurs désarmements soient vérifiables, irréversibles et transparents. Le gouvernement du Canada craint donc que cette initiative risque d’approfondir considérablement les divisions entre les États dotés d’armes nucléaires et ceux qui ne le sont pas, qui entraveront les progrès futurs en matière de désarmement nucléaire.

Nous reconnaissons que l’approche progressive préconisée par le Canada exigera du temps et des efforts. Toutefois, nous sommes sûr que nous pouvons avancer systématiquement vers notre objectif commun d’un monde exempt d’armes nucléaires grâce à notre leadership en matière de TIPMF, le Canada participe activement à des initiatives pratiques telles le Partenariat international pour la vérification du désarmement nucléaire. Une fois de plus, permettons‑nous de réaffirmer que la promotion du désarmement nucléaire de manière concrète et substantielle demeure une priorité du gouvernement du Canada.

Nous vous remercions d’avoir écrit et vous prions d’agréer, Monsieur, l’expression de nos sentiments les meilleurs.

La mission permanente du Canada auprès des Nations Unies

–— Réponse de Rolland Gaudette à cette lettre de la mission permanente

Merci de votre réponse.

Par contre, je suis en total désaccord avec votre point de vue sur l’inefficacité de ces débats qui mèneront sans doute à une prise de conscience planétaire sur les risques que nous connaissons tous et que vous énumérez dans votre message. Si les pays qui ont des armes nucléaires considèrent ne pas vouloir s’en débarrasser, pourquoi alors le Canada, qui n’en a pas, ne pourrait-il pas être un leader positif dans ce débat ?

Je crains que ce ne soit que pour des raisons de peur de froisser notre pays voisin, les USA. C’est la seule raison qui explique un tel refus de participer à ce débat et de continuer à être sous le joug de l’administration Trump.

Quand une personne décide d’arrêter de fumer parce que ce n’est pas bon pour la santé, elle ne diminue pas d’une cigarette par jour, elle arrête de fumer avec les effets associés au sevrage.

Les pays détenteurs d’armes atomiques, qui pourraient, par leur nombre, détruire l’humanité des dizaines de fois, sont drogués à l’illusion qu’ils ont un rapport de force et par leur égo; et principalement, encore une fois, nos voisins qui ont la prétention d’être les gendarmes de la planète. Devrait-il falloir que tous les pays se dotent d’armes nucléaires pour qu’ils comprennent enfin que c’est une escalade insensée avant d’entamer un vrai désarmement avec les risques que cela peut comporter ?

Ce débat et ce vote ne passera probablement pas à l’unanimité, mais il aura le mérite de faire ressortir la volonté de désarmer la planète et d’isoler les récalcitrants, producteurs et vendeurs d’armes; un son de cloche irréversible pour une prochaine étape, définitive cette fois-là, où d’autres pays emboîteront le pas et deviendront solidaires de cette cause.

Comment se fait-il que nous payions des impôts pour avoir la paix alors qu’ils sont utilisés pour semer la terreur et la guerre ?  Est-ce que les intérêts économiques et de suprématie triompheront de l’aspiration de tous les peuples (sauf une minorité de gouvernants) qui souhaitent vivre en paix et découvrir la différence chez l’autre pour s’enrichir mutuellement ?

J’aimerais que ce message parvienne aux plus hauts dirigeants de notre gouvernement dont le premier ministre Justin Trudeau, fils d’un ancien premier ministre qui, lui aussi, appelait à la paix.

Rolland Gaudette, citoyen pacifiste comme les 8 milliards d’humains de cette humanité